L’industrie du cinéma et de la télévision semblait ne pas être touchée par les tarifs douaniers généraux imposés par les États-Unis sur les biens importés, mais il est rapidement devenu clair qu’aucun secteur n’était à l’abri. La proposition d’imposer un tarif douanier de 100 % sur les films produits à l’extérieur des États-Unis inquiète profondément l’industrie, notamment parce qu’on ne sait pas encore si un tel tarif sera appliqué ou de quelle façon il le sera.
Pour évaluer la situation, BMO et l’association de femmes dans le domaine de la télévision et du cinéma Women in Film and Television (WIFT) ont récemment organisé une table ronde à Toronto. Victoria Harding, directrice générale de la Guilde canadienne des réalisateurs – Ontario et Jennifer Lee, première directrice générale et économiste principale à BMO Marchés des capitaux, y ont présenté leurs points de vue et Cynthia Lynch, première directrice générale et conseillère juridique de FilmOntario, y agissait à titre de modératrice.
Voici un résumé de l’événement.
Questions clés
Comme les détails sur les tarifs douaniers potentiels étaient limités dans l’annonce initiale, l’industrie canadienne du cinéma et de la télévision adopte une position attentiste. Mais tout cela s’inscrit dans une période d’incertitude inhabituelle pour les entreprises canadiennes. « Il est difficile de voir comment le Canada pourrait être épargné », a déclaré Mme Lee de BMO, qui s’attend à une récession cette année et à une incertitude persistante pour les entreprises.
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L’imposition de tarifs douaniers aux acteurs du secteur canadien des médias serait particulièrement éprouvante en raison du contexte économique.
« Dans l’ensemble, je crois que les gens comprennent qu’elle [l’annonce des tarifs] était quelque peu spéculative », a souligné Mme Harding. « Mais nous sommes sur le radar [des États-Unis]. « Il est difficile de prévoir l’évolution de la situation, alors nous allons rester attentifs et attendre. »
Dans cette optique, le panel a répondu à certaines des questions importantes qui se posent en cette période d’incertitude pour l’industrie de la production cinématographique et télévisuelle.
Quel serait le pourcentage idéal de production intérieure pour que l’industrie canadienne du cinéma et de la télévision reste en santé?
Comme l’a souligné Mme Lynch, les films produits aux États-Unis représentent environ 60 % des dépenses de production en Ontario. S’ils étaient mis en œuvre, les tarifs auraient une incidence importante sur le secteur. Mais il n’y a pas de chiffre magique applicable au Canada en général.
Comme l’a expliqué Mme Harding, le pourcentage de la production cinématographique axée sur les services est beaucoup plus élevé en Colombie-Britannique (sociétés de production étrangères qui tournent au Canada avec des équipes canadiennes) par rapport à la production intérieure, ce qui explique pourquoi le secteur y a été plus éprouvé que dans les autres provinces pendant les grèves de l’industrie du film et de la télévision aux États-Unis en 2023.
« La proportion des services de production et des productions intérieures varie d’une province à l’autre », a déclaré Mme Harding. « Nous nous demandons par exemple si les émissions canadiennes produites au Canada qui sont vendues à Netflix sont assujetties aux tarifs. Nous ne savons pas si ce sera le cas. »
Y a-t-il un intérêt pour l’imposition d’un tarif réciproque aux États-Unis et pour inciter les radiodiffuseurs à investir davantage dans les productions canadiennes?
« En Ontario, nous déployons des efforts pour nous assurer que les crédits d’impôt de la province continuent d’être concurrentiels, a déclaré Mme Lynch. « Je ne suis pas certaine qu’un crédit d’impôt réciproque inciterait les radiodiffuseurs à acheter plus de productions. FilmOntario veut s’assurer que la province soit la plus concurrentielle possible. Cela ne signifie pas nécessairement que les prix y seront les plus bas, mais plutôt que les incitatifs y sont stables pour aider les meilleures équipes. Nous avons plusieurs beaux lieux en Ontario et d’excellentes infrastructures. Ces outils dont nous disposons, en plus de la solidité de notre secteur intérieur, rendent notre territoire attrayant pour les productions cinématographiques, et nous espérons que cette vigueur nous aidera à traverser la tempête. »
Qu’est-ce qui vous rend optimiste à l’égard de l’économie et de l’industrie canadienne du cinéma et de la télévision?
« J’espère que, comme l’Europe, le Canada ne gaspillera pas une bonne crise, a affirmé Mme Lee. « C’est le moment idéal pour prolonger les accords commerciaux ailleurs, et pour commencer à réduire l’impôt des sociétés et des particuliers. Prenons de telles mesures pour faire du Canada un endroit attrayant pour investir et pour faire des affaires. J’ai bon espoir que cela se concrétisera un jour. »
Mme Harding a souligné que deux des cinq films nommés pour l’Oscar de la meilleure conception de décors cette année étaient Canadiens, ce qui démontre le talent et l’expertise que l’on retrouve dans l’industrie cinématographique au pays. « Cela me donne une grande confiance », a déclaré Mme Harding. « Le travail que les gens d’ici accomplissent atteint un degré d’excellence incroyable, et ils nous font tous bien paraître sur la scène internationale. J’ai donc très bon espoir que, quoi qu’il arrive, l’Ontario demeure une destination de choix. »