Les prix du pétrole pourraient demeurer élevés, et les préoccupations en matière d’inflation pourraient se prolonger même après une résolution de la situation au Moyen‑Orient, malgré le fait que les marchés anticipent un retour relativement rapide à la normale.


Le 1er avril, Michael Miranda, président, Bureau de gestion familiale de BMO et chef, Placements, BMO Gestion privée Amérique du Nord, a animé une discussion spéciale sur l’incidence de l’évolution du conflit au Moyen-Orient sur les marchés financiers et les perspectives macroéconomiques globales. Intitulée « Conflit au Moyen-Orient : répercussions sur l’économie et les marchés », cette discussion mettait en vedette :

  • Randy Ollenberger, premier directeur général, Recherche sur le pétrole et le gaz

  • Doug Porter, premier directeur général et économiste en chef, BMO

  • Brent Joyce, stratège en chef, Placements et premier directeur général, BMO Gestion privée


Écoutez le balado Markets Plus qui a résulté de la discussion :

Voici un aperçu de quelques-uns des thèmes clés abordés pendant l’événement :


Les pénuries physiques demeurent une réalité


Les consommateurs ressentent déjà les effets marqués de la hausse des prix de l’essence. Toutefois, selon Randy Ollenberger, les marchés boursiers laissent entrevoir un possible retour à une certaine normalité des prix du pétrole brut et du gaz naturel d’ici la fin avril. Il prévient néanmoins que la rapidité de ce réajustement demeure incertaine par rapport aux niveaux observés plus tôt cette année. Le prix du pétrole brut Brent continue d’évoluer autour de 100 $ US le baril, tandis que les produits pétroliers raffinés avoisinent les 150 $ US le baril, alors que les répercussions physiques des perturbations d’approvisionnement commencent tout juste à se faire sentir.


Alors que le détroit d’Ormuz demeure en grande partie fermé à la navigation, M.Ollenberger s’attend à ce que la prime de risque associée au pétrole reste élevée pendant encore un certain temps. « Le principal risque, à ce stade, est que les pénuries physiques commencent tout juste à se manifester », a‑t‑il expliqué, ajoutant qu’« il existe un risque que les investisseurs fassent preuve d’un certain excès de complaisance, puisque les prix des marchandises n’ont pas encore atteint les niveaux envisagés dans les scénarios les plus pessimistes ».


Il a également souligné qu’il faudra du temps pour résorber les déséquilibres sur le marché physique, en particulier dans des marchés de produits comme le carburéacteur, l’essence et le diesel, et ce, même en cas de résolution rapide du conflit.


Réajuster les attentes


Selon Doug Porter, chaque journée durant laquelle les prix du pétrole brut demeurent élevés a une incidence tangible sur l’économie. Il a rappelé, lors de précédents événements de BMO consacrés au Moyen‑Orient, qu’une hausse soutenue de 10 % des prix du pétrole ajoute environ deux dixièmes de pourcentage à l’inflation, tant au Canada qu’aux États‑Unis. Le terme « soutenue » est l’élément déterminant de cette hausse, a‑t‑il précisé, tout en ajoutant que les prix du pétrole devraient redescendre au cours de l’été et de l’automne.


« Selon nous, le seuil de risque est atteint lorsque les prix du pétrole avoisinent 120 $ US le baril, a‑t‑il indiqué. À environ 150 $ US, le risque d’un ralentissement marqué de l’économie mondiale et nord‑américaine devient bien réel. Heureusement, nous nous situons actuellement légèrement en deçà de ces niveaux, mais l’incidence demeure suffisante pour peser sur nos perspectives de croissance. »


Dans le contexte actuel, BMO prévoit une croissance d’environ 1 % au Canada cette année et d’environ 2 % aux États‑Unis. La question centrale pour les marchés porte désormais sur les répercussions possibles sur les taux d’intérêt. Certaines pressions inflationnistes commencent déjà à se manifester à l’échelle mondiale. Pour ce qui est de l’avenir, M.Porter s’attend à ce que l’inflation moyenne atteigne un peu plus de 3 % aux États‑Unis cette année et près de 3 % au Canada.


M. Porter a expliqué que la réaction initiale des marchés au conflit avait été d’écarter toute perspective de baisse des taux par la Réserve fédérale pour le reste de l’année. Or, les marchés commencent maintenant à intégrer la possibilité d’une hausse des taux. Du côté de BMO, la perspective demeure toutefois inchangée : « Nous continuons de croire que la Réserve fédérale finira par réduire les taux d’intérêt, a indiqué M. Porter. Ce que le conflit a surtout fait, c’est repousser l’échéancier. À ce stade‑ci, le moment le plus hâtif auquel je pourrais envisager une baisse des taux serait septembre. »


Par ailleurs, les perspectives entourant la Banque du Canada demeurent elles aussi incertaines. Pour le cycle en cours, M. Porter s’attend à ce que la Banque du Canada maintienne le statu quo.


Les marchés font preuve de résilience


Au‑delà de la volatilité à court terme, ce qui a surtout marqué Brent Joyce, c’est la résilience des marchés. Malgré une succession de chocs majeurs — la pandémie de COVID‑19, les pics d’inflation, la guerre persistante entre la Russie et l’Ukraine, les tarifs douaniers, et plus récemment les tensions avec l’Iran —, les marchés boursiers nord‑américains ont poursuivi leur progression. Au cours des dix dernières années, les rendements des marchés boursiers nord‑américains ont triplé. Sur cette période, l’indice composé S&P/TSX a affiché un taux de croissance annuel composé de 12 %, tandis que l’indice S&P 500 a enregistré une croissance composée de 14 %.


« Lorsque nous échangeons avec les investisseurs en période d’incertitude, cela témoigne de la capacité d’adaptation et de réorientation des investisseurs, des ménages et des entreprises », a‑t‑il souligné. « L’innovation a également joué un rôle clé pour nous aider à traverser ces périodes. »


À surveiller


Quelle que soit l’issue du conflit, ses répercussions économiques mondiales devraient se faire sentir pendant un certain temps. À titre d’exemple, la fermeture du détroit d’Ormuz pourrait perturber l’approvisionnement en hélium, un intrant essentiel à la production de semi‑conducteurs.


Par ailleurs, une attaque récente contre une usine d’aluminium dans la région pourrait exercer une pression à la hausse sur les prix du métal, et ce, même si la demande pour d’autres métaux est en baisse à l’échelle mondiale. M. Porter s’interroge sur les conséquences potentielles pour le secteur canadien de l’aluminium, qui demeure soumis à un tarif douanier américain de 50 %.


Cela pourrait‑il constituer l’un des éléments influençant la renégociation de l’Accord Canada–États‑Unis–Mexique (ACEUM)? possiblement, a‑t‑il indiqué. « Il existe un scénario plus optimiste selon lequel le Canada serait quelque peu resté hors du radar américain, ce qui pourrait légèrement améliorer les perspectives d’un compromis raisonnable dans le cadre de l’ACEUM, d’autant plus que le président pourrait souhaiter aller plus loin et obtenir des gains supplémentaires avant les élections de mi‑mandat. »