Le chevauchement de plusieurs forces structurelles, notamment l’évolution de la dynamique commerciale, le réalignement des chaînes d’approvisionnement, l’évolution des systèmes énergétiques et les changements de contexte des taux d’intérêt, a créé des conditions de marché volatiles.


Ce type d’environnement amène les investisseurs à réévaluer les risques du portefeuille. Dans des conditions imprévisibles, les actifs dont le prix est établi au moyen d’hypothèses à long terme ont tendance à être réévalués rapidement, indépendamment de toute modification de leurs données fondamentales sous-jacentes. Les investisseurs cherchent donc souvent à plutôt se tourner vers des secteurs qui offrent une prévisibilité des flux de trésorerie, d’excellents bilans et une valeur tangible. La question n’est pas de savoir où l’on peut rapidement trouver de la croissance, mais plutôt où l’on peut la conserver, la faire croître et la protéger.


La réponse réside de plus en plus dans les secteurs qui ont tendance à être sous-évalués, mais qui démontrent constamment leur durabilité : les sociétés lourdes en actifs et à faible obsolescence.


Les forces cachées des secteurs lourds en actifs et à faible obsolescence


Lorsque les marchés sont agités, les investisseurs délaissent la croissance dynamique au profit de la résilience, plus précisément au profit de sociétés ayant des flux de trésorerie stables, un excellent bilan et une valeur tangible. Les sociétés et les secteurs lourds en actifs et à faible obsolescence répondent à ces critères. Ces sociétés sont essentielles au moteur économique : elles transportent des biens, produisent de l’énergie et fournissent des matériaux.


Si les sociétés dont l’évaluation repose fortement sur des hypothèses à long terme peuvent réaliser une croissance importante à court terme, leur valeur marchande a tendance à fluctuer de façon spectaculaire lorsque les conditions changent. En revanche, on ne considère généralement pas que les secteurs reposant sur des actifs physiques ont de bonnes perspectives de croissance à court terme.


Il s’agit après tout de sociétés dont les coûts initiaux sont élevés, qui dépendent d’actifs dont la durée de vie est longue et d’une envergure opérationnelle et qui doivent composer avec la complexité réglementaire. Les actifs lourds sont également difficiles à moderniser : l’amélioration d’une usine, le réaménagement d’un pipeline ou la restructuration d’un réseau de chaîne d’approvisionnement sont des initiatives pluriannuelles qui exigent d’importants investissements de capitaux. Ce sont toutes des raisons pour lesquelles les évaluations de ces secteurs sont souvent à la traîne de celles de secteurs comme la technologie, où les investisseurs privilégient avant tout l’adaptabilité.


Ces caractéristiques rendent toutefois également ces sociétés difficiles à reproduire, car le coût de reconstruction et de remplacement des actifs dépasse de loin leur valeur actuelle sur le marché. Et dans un environnement opérationnel incertain, la rareté vaut plus que la vitesse. Les sociétés dont les actifs physiques sont difficiles à reproduire possèdent une résilience sous-jacente que les investisseurs sous-estiment souvent, du moins jusqu’à ce que la volatilité des marchés démontre à quel point ces actifs sont réellement rares.


Secteurs peu exigeants en capital


Pendant des années, les secteurs peu exigeants en capital, comme la technologie, ont bénéficié de la faiblesse des taux d’intérêt et de l’abondance du capital. Leur adaptabilité et leurs faibles coûts de marge justifient souvent des primes d’évaluation en période de stabilité relative. Comme elles dépendent beaucoup de la confiance des investisseurs dans les hypothèses de l’avenir, leurs évaluations sont plus sensibles aux fluctuations rapides des marchés dans des conditions plus volatiles.


Cela ne diminue en rien l’importance de l’innovation numérique ni les perspectives de croissance à long terme des secteurs peu exigeants en capital, mais met plutôt en évidence le déséquilibre qui peut survenir lorsqu’un secteur est évalué en fonction d’une situation idéale plutôt que du rendement et de la durabilité à long terme.


Il importe également de noter que les sociétés lourdes en actifs ne sont pas nécessairement stagnantes ni en manque d’innovation. La technologie est de plus en plus intégrée aux actifs physiques au lieu de les remplacer. L’automatisation, l’analyse de données, l’entretien prédictif et l’optimisation de l’IA améliorent l’efficacité, la sécurité et les marges des industries en tout genre. Et c’est cette intégration qui crée un nouveau type de proposition de valeur pour les investisseurs, où la durabilité correspond à l’intelligence numérique.


Même s’ils paraissent moins attrayants à première vue, les sociétés et les secteurs lourds en actifs et à faible obsolescence offrent des caractéristiques rares : une résilience enracinée dans la rareté, une rigueur en matière de capitaux et une nécessité à long terme. Dans un monde où l’incertitude est la nouvelle norme, les secteurs lourds en actifs méritent une nouvelle l’attention.